C’est bientôt la fin de l’année, il ne reste plus qu’un mois d’école et je voulais vous écrire pour vous remercier et vous dire que j’ai été enchantée de faire partie de votre classe. Je suis très satisfaite de votre enseignement, qui m'a permis de beaucoup progresser.

Depuis mon entrée en CE1 j’ai appris beaucoup de choses puisque maintenant, à 8 ans, je sais lire très couramment, écrire pas trop mal –même si, vous le déplorez et je le reconnais, il manque un peu de soin à mon travail, et je suis très forte en calcul.

Quand je rentre le soir, tous mes devoirs sont faits et je peux m’amuser et regarder un peu les infos, m’attarder dans mon bain ou jouer avec notre chatte, Virgule, tandis que maman prépare le repas.

Tout irait donc pour le mieux, s’il n’y avait pas ce petit souci :

CHERE MAITRESSE, POURQUOI NE M'INTERROGEZ-VOUS JAMAIS EN CLASSE ???

Je ne comprends pas votre attitude et je ne sais que penser.

Est-ce parce que je suis blonde ?

Peut-être me trouveriez-vous l’air plus sérieux et m’accorderiez-vous plus de crédit si je portais des lunettes ?

Je fais pourtant pleins d'efforts pour être interrogée, et j’ai essayé plusieurs techniques qui se sont révélées toutes plus infructueuses les unes que les autres :

1 :

J’arrête de lever systématiquement le doigt quand vous posez une question. C’est normal; si j’ai tout le temps le doigt levé, vous ne pouvez plus vous rendre compte du moment où je le lève. Donc, j’ai décidé de le lever une fois sur deux, ou sur trois. J’ai pensé que comme ça, ça n’irait pas trop vite pour vous.

2 :

Je fais semblant de ne pas connaître la réponse. Comment je fais ? C’est facile : dès que vous venez de poser votre question, je baisse la tête et je me recroqueville, comme si je voulais me cacher sous mon bureau. J’ai remarqué qu’à chaque fois qu’un élève fait ça, c’est lui qui est interrogé !

3 :

Je fais semblant de dormir. Je me dis que comme ça, vous aurez envie de me piéger, et de me demander la réponse à la question que « soi-disant » je n’aurais pas entendue.

4 :

Je tourne le dos à la classe. On ne sait jamais. De face, vous me reconnaissez trop facilement. Alors que de dos, vous pourriez peut-être croire que vous êtes en train d’interroger quelqu’un d’autre.

5 :

Une fois, j’ai même échangé ma place avec celle de Maria, en pensant que j’allais vous tendre un petit piège. Malheureusement, vous vous êtes aperçue de la ruse, et vous nous avez sévèrement grondées. Moi, comme punition, j’espérais que vous alliez faire exprès de m’interroger sur pleins de sujets hyper-difficiles. Mais non, même pas ! Qu’est-ce que j’étais déçue ce jour-là.

 

Malgré toute ma bonne volonté, vous ne m’interrogez toujours pas. Ca commence à devenir inquiétant ; hier matin, avant de partir à l’école, je me suis regardé au moins dix fois de suite dans la glace pour vérifier que je n’étais pas invisible. Et bien je vous jure que non ! A chaque fois, j’arrivais à me voir. Même les fois où je passais très très vite devant la glace. Y’avait toujours un bout de doigt ou bout de cheveu qui traînait.

En plus, à cause de ça, on est parti en retard et maman m’a un peu disputée. Par votre faute !

 

En espérant que vous saurez tenir compte de cette lettre, je vous prie d’accepter, madame la maîtresse, mes sincères salutations.

Euh... la formule de politesse, c’est maman qui m’a un peu aidée parce que ça je sais pas encore trop bien faire. Vous voyez que vous avez encore des choses à m’apprendre !

 

 

Marion.

 

 

Post scriptum :

En plus, y’en a toujours tout plein qu’ont pas les réponses, alors que si vous m’interrogiez directement, ça irait plus vite !!!



Auteur : Chris Anton Zeeman 2007

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